Les "petits migrateurs"

 

 

Les petits migrateurs sont représentés par 3 espèces sur le bassin : le Mulet porc, le Flet commun et l'Eperlan européen. Ces espèces sont désignés «petits migrateurs» car ils effectuent des migrations de moindre envergure que les 7 grands migrateurs présents sur le bassin Seine-Normandie. Ils se retrouvent cependant dans des eaux de salinité variables et doivent effectuer une migration pour accomplir leur cycle de vie entre ces différents milieux de vie. Ils restent souvent cantonnés à l’aval des hydrosystèmes et sont la plupart du temps rencontrés en eau salée, bien que les mulets migrent assez haut dans certains bassins hydrographiques français. Leur statut IUCN national est par ailleurs moins bien évalué que celui des autres migrateurs, faute de données biologiques populationnelles conséquentes. Aucune de ces espèces n’a un statut de menace fort, bien que des tendances à la baisse soient observées un peu partout en France ou en Europe depuis quelques années.

Le Mulet porc

Le Mulet porc (Chelon ramada), est l’espèce de mulet la plus euryhaline, capable d’effectuer de véritables migrations sur de grandes distances entre les eaux marines et dulçaquicoles, à des fins trophiques et de maturation. C'est une espèce migratrice catadrome, se reproduisant en mer et remontant les rivières annuellement (espèce itéropare).

Le Mulet porc a un corps allongé fusiforme, comprimé latéralement, tricolore (argent, blanc et gris). Son corps est couvert de grandes écailles jusqu'à l’avant des yeux. Sa lèvre supérieure est fine, moins haute que le diamètre de la pupille. A l’âge adulte il mesure entre 30-60 cm et pèse jusqu’à 2,5 kg. Il a une longévité de 8-10 ans en moyenne.

Espèce présente largement en Europe : en Méditerranée, en mer Noire et le long des cotes de l’Atlantique de la Norvège au Maroc. En eau douce, on le retrouve principalement, en Seine, dans la Loire, dans la Charente, dans le Rhône, la Dordogne et la Garonne. Il représente avec le mulet à grosse tête (Mugil cephalus), la majorité des mulets capturés en eau douce.

Le Flet commun

Le Flet commun ou européen (Platichthys flesus) est un poisson qui présente des caractéristiques uniques qui lui permettent de se camoufler habilement dans son environnement. Le Flet commun possède un corps aplati asymétrique et des yeux sur un même côté du corps. Ce poisson est considéré comme un petit migrateur amphihalin catadrome, c’est-à-dire qu’il se reproduit en mer et migre vers l’eau douce ou saumâtre, à des fins trophiques, ce qui lui permet de croître.

Poisson fréquemment rencontré le long des côtes occidentales européennes, le flet commun se retrouve depuis la mer Blanche, le long des côtes norvégiennes, en mer Baltique, tout autour des îles britanniques, tout le long de la côte atlantique jusqu'au Maroc. En France, on le retrouve sur les côtes du littoral, dans les estuaires, les fleuves, les rivières et autres cours d’eau. Il lui arrive de remonter les cours d'eau jusque loin dans les terres. Il est ainsi déjà arrivé d'en observer dans l'Allier (bassin de la Loire) dans le centre de la France.

L'Eperlan d'Europe

L’Eperlan d’Europe (Osmerus eperlanus) est une espèce migratrice anadrome. Il passe généralement l’essentiel de son cycle de vie en estuaire, mais est capable de quelques migrations littorales. Il remonte en estuaire, voire dans les zones aval des fleuves, pour se reproduire.

Il possède un corps fusiforme avec une nageoire adipeuse haute et étroite.  Sa robe est de couleur bleu foncée sur sa face dorsale, et de couleur blanche argentée sur le flanc et le ventre. Les éperlans d’Europe adultes mesurent  environ 20-30cm.

On le trouve dans les eaux côtières de l’Europe du Nord, du Sud de la Norvège au Sud du golfe de la Gascogne. En France, on le retrouve principalement sur l’embouchure de la Loire et la Dordogne, mais aussi de la Seine, de l’Adour, et dans la bouche d’autres fleuves de la côte Atlantique.

Caractère et cycle biologique

Le Flet, le Mulet porc et l’Eperlan passent la majorité de leur vie en mer ou en estuaire. Ces 3 espèces sont amphihalines et supportent toutefois des milieux de salinité variables, le Mulet porc étant le plus adapté à différentes salinités. En effet, le Mulet migre quelques mois de l’année en rivière à des fins trophiques et de maturation, puis repart en mer se reproduire (Automne-Hiver). Le Flet reste majoritairement en estuaire, et effectue une migration de croissance en rivière puis part en mer se reproduire (Hiver-Printemps). L’Eperlan d’Europe est un petit poisson grégaire, qui affectionne les milieux estuariens où il passe la majeure partie de son cycle. Pour la reproduction (Hiver-Printemps), les individus rejoignent les frayères en aval des fleuves (en limite de marée dynamique). Ces espèces sont itéropares : elles survivent à la reproduction et peuvent effectuer plusieurs cycles

 

Données en Seine-Normandie

La répartition de ces espèces est moins bien connue que celles des grands migrateurs en Seine-Normandie, et même à échelle nationale. Ces espèces sont rencontrées sur l’ensemble des côtes et estuaires de Seine-Normandie.

Sur la partie fluviale, le Mulet porc colonise naturellement les parties aval de la Seine, de l’Orne, de la Vire, de la Sélune et de la Sée. Le Flet se rencontre en aval de la majorité des côtiers normands et en Seine jusqu’en aval de Poses. L’Eperlan se rencontre peu en partie fluviale et la majorité des données proviennent de l’estuaire de Seine. Il n’est pas rencontré sur l’Ouest du bassin Seine-Normandie.

 

Menaces et Statut de conservation

Les «petits migrateurs» sont peu suivis sur la partie fluviale du bassin Seine-Normandie, étant principalement rencontrés en zones estuariennes ou côtières. Ces espèces ne font pas l’objet de suivis spécifiques, mais peuvent être rencontrées au travers de pêche d’inventaires réalisés en estuaire (au filet ou aux nasses) notamment en Seine. Sur la partie aval des fleuves, le Flet peut être rencontré lors des pêches scientifiques. Le Mulet quand à lui remonte plus haut, il est ainsi comptabilisé sur certains systèmes de vidéo-comptage chaque année.

 

Leur statut de conservation national est ainsi moins bien évalué que celui des autres migrateurs, faute de données biologiques conséquentes. Aucune de ces espèces n’a un statut de menace fort, de «quasi-menacé» pour l’éperlan à «données insuffisantes» pour le flet. Toutefois, les quelques tendances observées sur ces espèces au niveau national ou en Europe sont en baisses. Les causes sont multifactorielles et communes à tous les migrateurs amphihalins (pertes d’habitats, effets du changement climatique, pêches professionnelles...).